Cadre institutionnel et contexte du séminaire
Tenu le 18 juin 2026 à Bruxelles sous le haut patronage de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Eudes Régis IMMONGAULT TATANGANI, le séminaire « Le riche patrimoine gabonais » a affirmé le rôle stratégique de la culture et de la mémoire dans le rayonnement du Gabon.C’est dans cette dynamique d’intelligence culturelle et de valorisation scientifique que s'inscrit ma communication intitulée « Patrimoine archéologique gabonais : connaissances, cadres et stratégies de valorisation ».
Afin de situer ma contribution dans l'économie globale de cette rencontre, voici la structure générale du séminaire :
Communication 1 :Définir le patrimoine gabonais : une évidence trompeuse ? Analyse d’une notion « instable »Intervenant : Roch Foster BOULANGAChercheur au centre de recherche PHICommunication 2 :Les langues maternelles : patrimoine culturel gabonais.Intervenant : Daisy-Flora KOUMBA MOUSSAVOUInstitut des recherche en sciences psychologiques (IPSY – Université Catholique déLouvain-la-Neuve)Communication 3 :Le Bwiti : d'un rite initiatique millénaire à un patrimoine en périlIntervenant : Gyvet OBAME MVECentre Interdisciplinaire d’Étude des Religions et de la Laïcité (CIERL – Université Libre de Bruxelles) ; Centre for Afro-European and Religious Studies (CARES – Faculté Universitaire de Théologie Protestante)Communication 4 :Patrimoine archéologique gabonais : connaissances, cadres et stratégies de valorisationIntervenant : Jean de Capistran ABOGHE BENGONECentre d’Anthropologie Culturelle (CAC – Université Libre dé Bruxelles)Communication 5 :Découvrir le patrimoine naturel et culturel du Gabon à partir de la carte interactive SambaMapIntervenant : Guy Herod PAMBO MIHINDOUInstitut dés sciences politiqués Louvain-Europe (ISPOLE – Université Catholique déLouvain-la-Neuve)
Introduction
Le Gabon dispose d'un patrimoine archéologique d'une richesse exceptionnelle, documenté depuis 1886 et scientifiquement consolidé depuis les années 1980. Des premières découvertes lithiques aux pétroglyphes d'Élarmekora (1987), de la première opération d'archéologie préventive sur le tronçon Lalara-Médoumane (2005) au classement UNESCO du paysage culturel de LopéOkanda (2007) puis du parc de l'lvindo (2021), en passant par la mise au jour de complexes grottes à forte valeur paléontologique et archéologique (2018), le Gabon affirme progressivement sa place sur la carte archéologique mondiale.
Cette présentation adopte une double échelle d'analyse : une lecture nationale du patrimoine archéologique gabonais et un ancrage territorial dans le département de la Zadié, zone d'étude au sein de laquelle les villages de Kemboma et Zakamatouidentifiés comme les derniers foyers de dispersion des populations Kota de la région, constituent des points d'observation privilégiés. Situés à proximité des parcs nationaux Minkébé, Lopé et de Mwana, ces territoires incarnent une interface stratégique entre patrimoine archéologique, patrimoine vivant et espaces naturels protégés.
Ce capital préhistorique, rupestre, métallurgique et immatériel demeure toutefois largement sous- valorisé. Sa mise en valeur systématique, par l'archéologie préventive, des approches adaptées aux contextes sensibles et des partenariats durables, constitue un levier stratégique pour la valorisation du patrimoine gabonais et pour l'économie nationale.
1. CONSTRUCTION, CADRES ET GOUVERNANCE DU PATRIMOINE ARCHÉOLOGIQUE GABONAIS
Historique découvertes archéologiques
1886–1961 : débuts des recherches
1961–1967 : structuration de la recherche
1980–2004 : institutionnalisation et professionnalisation
2005 à nos jours : l’avènement de l’archéologie préventive
Cadre juridique
Article 2 : l’archéologie est reconnue comme faisant partie du patrimoine culturel national.
Article 35 : toute découverte archéologique fortuite doit être déclarée et entraîne l’arrêt immédiat des travaux.
Article 36 : l’État décide des mesures de sauvegarde et peut maintenir la suspension des travaux.
Article 37 : les vestiges découverts relèvent de la tutelle de l’État, avec possibilité d’indemnisation du découvreur.
Article 39 : toute fouille ou recherche archéologique est soumise à une autorisation préalable.
Article 40 : seules les institutions et chercheurs habilités peuvent fouiller, les missions étrangères étant encadrées.
État des connaissances
Préhistoire ancienne (avant 10 000 av. J.-C.)
Premières occupations humaines attestées
Sociétés de chasseurs‑cueilleurs
Industries lithiques
Adaptation ancienne au milieu forestier équatorial
Préhistoire récente ou Néolithique (env. 10 000 – 3 000 av. J.-C.)
Transformations progressives des modes de vie
Apparition de la céramique
Mobilité plus structurée, premières formes de sédentarité relative
Transition vers l’âge du fer (env. 2000 – 1000 av. J.-C.)
Introduction progressive de la métallurgie du fer
Changements techniques et sociaux majeurs
Nouvelles dynamiques de peuplement
Âge du fer et sociétés précoloniales (à partir d’env. 1000 av. J.-C. jusqu’au XVe s. apr. J.-C.)
Villages anciens et organisation territoriale
Pratiques funéraires et expressions symboliques
Sociétés complexes avant la période coloniale
2. LES GRAVURES RUPESTRES
Découverte et localisation des sites rupestres
Caractérisation archéologique
Vitrine internationale du patrimoine archéologique et contribution déterminante au classement UNESCO du Paysage culturel du parc Lopé (2007)
Les grottes du Gabon :
Patrimoine archéologique majeur, encore peu visible
Données clés sur la Préhistoire récente et l’âge du fer
Principales grottes connues :
Youmbidi (Ngounié),
Iroungou (Ogooué-Maritime),
Grottes et abris de la région de Lastoursville (Ogooué-Lolo),
Cavités signalées dans la Ngounié et le Haut-Ogooué
Fait marquant : Youmbidi et Iroungou constituent les références scientifiques actuelles.
Youmbidi :
Localisation : province de la Ngounié)
Périodes d’occupation
Vers 25 000 av. J.-C.
Premières fréquentations humaines connues
Groupes de chasseurs-cueilleurs en milieu forestier
Entre 10 000 et 3 000 av. J.-C.
Occupations répétées
Transition vers des sociétés plus sédentaires
Apparition progressive de la poterie
À partir d’environ 1 000 av. J.-C.
Utilisation principale de la grotte comme lieu funéraire
Sociétés de l’âge du fer
Fait marquant : Youmbidi témoigne d’une présence humaine sur plus de 20 000 ans.
Iroungou :
Localisation : province de l’Ogooué-Maritime
Période d’occupation
Entre 1300 et 1500 apr. J.-C.
Utilisation de la grotte comme lieu d’inhumation collective
Période avancée de l’âge du fer
Caractéristiques
Nombreux individus inhumés
Objets en fer et en cuivre
Éléments de parure
Fait marquant : Iroungou éclaire les sociétés gabonaises juste avant la période coloniale.
3. PROTECTION ET VALORISATION DU PATRIMOINE ARCHÉOLOGIQUE DANS UN CONTEXTE DE DÉVELOPPEMENT
3.1. Cas pratique : patrimoine archéologique et opportunités économiques locales
3.1.1. Un territoire à fort potentiel patrimonial
Zone d’étude : département de la Zadié
Villages : Kemboma et Zakamatou
Derniers foyers de dispersion du peuple Kota
Forte valeur historique et identitaire
Contraintes :
Conflit homme-faune
Accès difficile
3.1.2. Un pont entre patrimoine culturel et parcs nationaux
Atouts : proximité des parcs Lopé, Minkébé et Mwana
Objectifs : diversification de l’offre touristique locale
Tourisme écologique (déjà connu)
Tourisme culturel et archéologique (à créer)
Tourisme scientifique
3.2. Comment l’archéologie peut générer des revenus
Écotourisme patrimonial :
Circuits culturels encadrés
Sites interprétés (non destructifs)
Écomusées et centres d’interprétation :
Guides locaux
Médiateurs culturels
Emplois non délocalisables :
Agents patrimoniaux
Animateurs culturels
Surveillants de sites
3.3. L’archéologie comme outil de connaissance au service de l’action publique
Documentation de l’ancienneté des occupations humaines ;Mise en évidence des dynamiques de peuplement ;Compréhension des relations sociétés–environnement ; Production de connaissances territoriales utiles ;Appui à la gouvernance et à la décision publique.
3.4. Enjeu politique local
Priorisation quasi exclusive d’autres secteurs
Attentes de l’intégration du patrimoine archéologique :
Complément économique
Outil de cohésion sociale
Facteur d’attractivité territoriale
CONCLUSION
Le patrimoine archéologique gabonais n’est pas un luxe académique, mais une ressource stratégique sous‑exploitée. L’exemple du département de la Zadié montre que, même dans des contextes contraints, l’archéologie peut contribuer à la création de richesse, à l’emploi local et à la valorisation durable des territoires. Reconnaître l’archéologie comme un investissement économique et culturel est désormais une nécessité pour un développement équilibré du Gabon.
Bibliographie
Aboghe Bengone, J. D. C. (2024). Résultats préliminaires de la mission archéologique du 10 au 23 juin 2023 dans la région de Bonamaza (Ogooué-Ivindo, Gabon). SIFOE, Côte d’Ivoire.
Aboghe Bengone, J. D. C. (2025). Traces d’activités du fer dans le regroupement d’Ikeï-Boca 1, province de l’Ogooué-Ivindo au Gabon.
Aboghe Bengone, J. de C. (2023). Rapport de la mission archéologique du 15 au 19 juillet 2023 dans la commune de Mékambo (Ogooué-Ivindo, Gabon). SIFOE, Revue d’Histoire, d’Arts et d’Archéologie de Bouaké, (20), 8‑15.
Aboghe Bengone, J. de C. (2024). Résultats préliminaires de la mission archéologique du 10 au 23 juin 2023 dans la région de Bonamaza (OgoouéIvindo, Gabon). SIFOE, Revue d’Histoire, d’Arts et d’Archéologie de Bouaké, (21), 08‑21.
Assoko Ndong, A. (2001). Archéologie du peuplement Holocène de la réserve de faune de la Lopé, Gabon. Université Libre de Bruxelles.
Clist, B. (1995). Gabon : 100 000 ans d’histoire. Centre Culturel Français Saint-Exupéry - Sépia.
Oslisly, R. (2010). Archéologie dans le Parc National de la Lopé : Site mixte nature et culture du patrimoine mondial. Agence Nationale des Parcs Nationaux : Programme Régional de Valorisation des Écosystèmes d’Afrique centrale ; Éditions de l’Institut de Recherche en Développement.
