samedi 29 août 2026

Patrimoine archéologique gabonais : connaissances, cadres et stratégies de valorisation

Cadre institutionnel et contexte du séminaire

Tenu le 18 juin 2026 à Bruxelles sous le haut patronage de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Eudes Régis IMMONGAULT TATANGANI, le séminaire « Le riche patrimoine gabonais » a affirmé le rôle stratégique de la culture et de la mémoire dans le rayonnement du Gabon.
C’est dans cette dynamique d’intelligence culturelle et de valorisation scientifique que s'inscrit ma communication intitulée « Patrimoine archéologique gabonais : connaissances, cadres et stratégies de valorisation ».
Afin de situer ma contribution dans l'économie globale de cette rencontre, voici la structure générale du séminaire :

Communication 1 : 
Définir le patrimoine gabonais : une évidence trompeuse ? Analyse d’une notion « instable »
Intervenant : Roch Foster BOULANGA
Chercheur au centre de recherche PHI

Communication 2 : 
Les langues maternelles : patrimoine culturel gabonais.
Intervenant : Daisy-Flora KOUMBA MOUSSAVOU 
Institut des recherche en sciences psychologiques (IPSY – Université Catholique dé 
Louvain-la-Neuve)

Communication 3 : 
Le Bwiti : d'un rite initiatique millénaire à un patrimoine en péril
Intervenant Gyvet OBAME MVE
Centre Interdisciplinaire d’Étude des Religions et de la Laïcité (CIERL – Université Libre de Bruxelles) ; Centre for Afro-European and Religious Studies (CARES – Faculté Universitaire de Théologie Protestante)

Communication 4 : 
Patrimoine archéologique gabonais : connaissances, cadres et stratégies de valorisation 
Intervenant Jean de Capistran ABOGHE BENGONE
Centre d’Anthropologie Culturelle (CAC – Université Libre dé Bruxelles)

Communication 5 : 
Découvrir le patrimoine naturel et culturel du Gabon à partir de la carte interactive SambaMap
Intervenant : Guy Herod PAMBO MIHINDOU 
Institut dés sciences politiqués Louvain-Europe (ISPOLE – Université Catholique dé 
Louvain-la-Neuve)

Introduction

Le Gabon dispose d'un patrimoine archéologique d'une richesse exceptionnelle, documenté depuis 1886 et scientifiquement consolidé depuis les années 1980. Des premières découvertes lithiques aux pétroglyphes d'Élarmekora (1987), de la première opération d'archéologie préventive sur le tronçon Lalara-Médoumane (2005) au classement UNESCO du paysage culturel de LopéOkanda (2007) puis du parc de l'lvindo (2021), en passant par la mise au jour de complexes grottes à forte valeur paléontologique et archéologique (2018), le Gabon affirme progressivement sa place sur la carte archéologique mondiale.

Cette présentation adopte une double échelle d'analyse : une lecture nationale du patrimoine archéologique gabonais et un ancrage territorial dans le département de la Zadié, zone d'étude au sein de laquelle les villages de Kemboma et Zakamatouidentifiés comme les derniers foyers de dispersion des populations Kota de la région, constituent des points d'observation privilégiés. Situés à proximité des parcs nationaux Minkébé, Lopé et de Mwana, ces territoires incarnent une interface stratégique entre patrimoine archéologique, patrimoine vivant et espaces naturels protégés.

Ce capital préhistorique, rupestre, métallurgique et immatériel demeure toutefois largement sous- valorisé. Sa mise en valeur systématique, par l'archéologie préventive, des approches adaptées aux contextes sensibles et des partenariats durables, constitue un levier stratégique pour la valorisation du patrimoine gabonais et pour l'économie nationale. 

1. CONSTRUCTION, CADRES ET GOUVERNANCE DU PATRIMOINE ARCHÉOLOGIQUE GABONAIS

Historique découvertes archéologiques

1886–1961 : débuts des recherches

1961–1967 : structuration de la recherche

1980–2004 : institutionnalisation et professionnalisation

2005 à nos jours : l’avènement de l’archéologie préventive 

Cadre juridique

Article 2 : l’archéologie est reconnue comme faisant partie du patrimoine culturel national.

Article 35 : toute découverte archéologique fortuite doit être déclarée et entraîne l’arrêt immédiat des travaux.

Article 36 : l’État décide des mesures de sauvegarde et peut maintenir la suspension des travaux.

Article 37 : les vestiges découverts relèvent de la tutelle de l’État, avec possibilité d’indemnisation du découvreur.

Article 39 : toute fouille ou recherche archéologique est soumise à une autorisation préalable.

Article 40 : seules les institutions et chercheurs habilités peuvent fouiller, les missions étrangères étant encadrées.

État des connaissances

Préhistoire ancienne (avant 10 000 av. J.-C.)

  • Premières occupations humaines attestées

  • Sociétés de chasseurscueilleurs

  • Industries lithiques

  • Adaptation ancienne au milieu forestier équatorial

Préhistoire récente ou Néolithique (env. 10 000 – 3 000 av. J.-C.)

  • Transformations progressives des modes de vie

  • Apparition de la céramique

  • Mobilité plus structurée, premières formes de sédentarité relative

Transition vers l’âge du fer (env. 2000 – 1000 av. J.-C.)

  • Introduction progressive de la métallurgie du fer

  • Changements techniques et sociaux majeurs

  • Nouvelles dynamiques de peuplement

Âge du fer et sociétés précoloniales (à partir d’env. 1000 av. J.-C. jusqu’au XVe s. apr. J.-C.) 

  • Villages anciens et organisation territoriale

  • Pratiques funéraires et expressions symboliques

  • Sociétés complexes avant la période coloniale

2. LES GRAVURES RUPESTRES

  • Découverte et localisation des sites rupestres

  • Caractérisation archéologique 

  • Vitrine internationale du patrimoine archéologique et contribution déterminante au classement UNESCO du Paysage culturel du parc Lopé (2007)

Les grottes du Gabon : 

  • Patrimoine archéologique majeur, encore peu visible

  • Données clés sur la Préhistoire récente et l’âge du fer

Principales grottes connues

  • Youmbidi (Ngounié),

  • Iroungou (Ogooué-Maritime)

  • Grottes et abris de la région de Lastoursville (Ogooué-Lolo)

  • Cavités signalées dans la Ngounié et le Haut-Ogooué


Fait marquant : Youmbidi et Iroungou constituent les références scientifiques actuelles. 


Youmbidi :

Localisation : province de la Ngounié)

Périodes d’occupation

Vers 25 000 av. J.-C.

  • Premières fréquentations humaines connues

  • Groupes de chasseurs-cueilleurs en milieu forestier

Entre 10 000 et 3 000 av. J.-C.

  • Occupations répétées

  • Transition vers des sociétés plus sédentaires

  • Apparition progressive de la poterie

À partir d’environ 1 000 av. J.-C.

  • Utilisation principale de la grotte comme lieu funéraire

  • Sociétés de l’âge du fer

Fait marquant : Youmbidi témoigne d’une présence humaine sur plus de 20 000 ans.

Iroungou :

Localisation : province de l’Ogooué-Maritime

Période d’occupation

Entre 1300 et 1500 apr. J.-C. 

  • Utilisation de la grotte comme lieu d’inhumation collective 

  • Période avancée de l’âge du fer

Caractéristiques

  • Nombreux individus inhumés

  • Objets en fer et en cuivre

  • Éléments de parure

Fait marquant : Iroungou éclaire les sociétés gabonaises juste avant la période coloniale.

3. PROTECTION ET VALORISATION DU PATRIMOINE ARCHÉOLOGIQUE DANS UN CONTEXTE DE DÉVELOPPEMENT

3.1. Cas pratique : patrimoine archéologique et opportunités économiques locales 

3.1.1. Un territoire à fort potentiel patrimonial

  • Zone d’étude : département de la Zadié

  • Villages : Kemboma et Zakamatou

  • Derniers foyers de dispersion du peuple Kota

  • Forte valeur historique et identitaire

  • Contraintes : 

  • Conflit homme-faune

  • Accès difficile  

3.1.2. Un pont entre patrimoine culturel et parcs nationaux

  • Atouts : proximité des parcs Lopé, Minkébé et Mwana

  • Objectifs : diversification de l’offre touristique locale

  • Tourisme écologique (déjà connu)

  • Tourisme culturel et archéologique (à créer)

  • Tourisme scientifique

3.2. Comment l’archéologie peut générer des revenus

  • Écotourisme patrimonial

  • Circuits culturels encadrés
    Sites interprétés (non destructifs)

  • Écomusées et centres d’interprétation

  • Guides locaux
    Médiateurs culturels

  • Emplois non délocalisables

  • Agents patrimoniaux 
    Animateurs culturels 
    Surveillants de sites

3.3. L’archéologie comme outil de connaissance au service de l’action publique

Documentation de l’ancienneté des occupations humaines ;
Mise en évidence des dynamiques de peuplement ;
Compréhension des relations sociétés–environnement ; Production de connaissances territoriales utiles ;
Appui à la gouvernance et à la décision publique.


3.4
. Enjeu politique local

  • Priorisation quasi exclusive d’autres secteurs

  • Attentes de l’intégration du patrimoine archéologique

  • Complément économique

  • Outil de cohésion sociale

  • Facteur d’attractivité territoriale

CONCLUSION

Le patrimoine archéologique gabonais n’est pas un luxe académique, mais une ressource stratégique sousexploitée. L’exemple du département de la Zadié montre que, même dans des contextes contraints, l’archéologie peut contribuer à la création de richesse, à l’emploi local et à la valorisation durable des territoires. Reconnaître l’archéologie comme un investissement économique et culturel est désormais une nécessité pour un développement équilibré du Gabon.


Bibliographie


Aboghe Bengone, J. D. C. (2024). Résultats préliminaires de la mission archéologique du 10 au 23 juin 2023 dans la région de Bonamaza (Ogooué-Ivindo, Gabon). SIFOE, Côte d’Ivoire.

Aboghe Bengone, J. D. C. (2025). Traces d’activités du fer dans le regroupement d’Ikeï-Boca 1, province de l’Ogooué-Ivindo au Gabon.

Aboghe Bengone, J. de C. (2023). Rapport de la mission archéologique du 15 au 19 juillet 2023 dans la commune de Mékambo (Ogooué-Ivindo, Gabon). SIFOE, Revue d’Histoire, d’Arts et d’Archéologie de Bouaké, (20), 8‑15.

Aboghe Bengone, J. de C. (2024). Résultats préliminaires de la mission archéologique du 10 au 23 juin 2023 dans la région de Bonamaza (OgoouéIvindo, Gabon). SIFOE, Revue d’Histoire, d’Arts et d’Archéologie de Bouaké, (21), 08‑21.

Assoko Ndong, A. (2001). Archéologie du peuplement Holocène de la réserve de faune de la Lopé, Gabon. Université Libre de Bruxelles.

Clist, B. (1995). Gabon : 100 000 ans d’histoire. Centre Culturel Français Saint-Exupéry - Sépia.

Oslisly, R. (2010). Archéologie dans le Parc National de la Lopé : Site mixte nature et culture du patrimoine mondial. Agence Nationale des Parcs Nationaux : Programme Régional de Valorisation des Écosystèmes d’Afrique centrale ; Éditions de l’Institut de Recherche en Développement.